Prince Nico Mbarga and Rocafil Jazz. Photo courtesy of Mad Jack Entertainment.

 

Par Mike Levin

English version follows below

Prince Nico Mbarga pleure.

Bien que le musicien nigérien soit décédé dans un accident de moto en 1997, son esprit reste tout de même enraciné à travers l’Afrique en raison de Sweet Mother, la chanson de 1976 qui est autant un hymne pan-africain que n’importe quel autre. Cette chanson s’appuie grandement sur la guitare rythmique rumba congolaise de style plaquage d’accords que Mbarga a appris à jouer en regardant Franco et Simaro, alors qu’il travaillait au Congo lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent.

Les paroles s’adressent directement à l’amour que les fils ont envers leurs mères. La compagnie de musique EMI rapporte que 13 millions de copies légitimes de la chanson ont été vendues. Les copies piratées, quant à elles, se chiffrent en dizaines de millions.

Dans Sweet Mother, Mbarga ne retient pas ses émotions: “Je ne vais pas oublier la souffrance que tu as endurée pour moi. Et si je venais à t’oublier, cela signifierait que j’oublie ma vie. Si vous oubliez votre mère, vous dites adieu à votre vie. ”

Mais ces réflexions positives se sont transformées en larmes au Congo, car des décennies de violences sexuelles menacent de déchirer l’institution même de la maternité. Les victimes sont des mères et des filles, des millions d’entre elles, et elles sont non seulement devenues des victimes de viol mais aussi d’un préjugé culturel.

Imaginez un instant être violée, et de vous retrouver expulsée de votre maison ou rejetée par votre village pour des actions que vous ne pouviez pas contrôler ?

Les médias internationaux se sont efforcés à informer le monde, qu’au plus fort de la guerre civile du Congo, 48 femmes furent violées chaque heure. Même aujourd’hui, il y a environ 40 à 60 viols par jour, et les personnes locales rapportent que presque tous sont effectués par des agents militaires. Ces actes de violence sont utilisés pour terroriser la population, telle que la torture, et ils se moquent de la popularité de l’hymne de Mbarga. Les documentaires de Fiona Lloyd-Davies et de Dearbhla Glynn relatent la réalité des problèmes.

Neelley Hicks. Courtesy of Harper Hill Global.

À l’autre bout du monde à Nashville, dans le Tennessee, la situation a durement touché Neelley Hicks. Elle savait qu’elle ne pourrait pas arrêter la violence, mais qu’elle serait en mesure de faire quelque chose pour ses victimes.

En 2016, après avoir quitté United Methodist Communications et ayant démarré sa propre fondation humanitaire Harper Hill Global, Neelley Hicks, dotée d’ une farouche détermination a fondé Congo Women Arise (CWA) dans la ville orientale du pays de Kindu. L’organisation soutient les victimes de viol en essayant d’éliminer la honte sociale que la culture congolaise jette sur les victimes.

Congo Women Arise.

CWA s’est immédiatement transformé en un sanctuaire fait de briques et de ciment, dénommé le Centre Mama Lynn. La construction est en cours.

En février 2017, Hicks et sa gestionnaire au sein du pays, Judith Yanga, ont parlé sur Skype avec Firdaus Kharas au sujet d’un ajout au projet. Avec le financement de la Fondation WiseHeart, le résultat a été une vidéo animée dans l’espoir de répandre l’acceptation et la réinsertion des femmes et des filles qui ont été violées.

À 121 secondes, Le Plaidoyer à mon père les efforts d’un jeune garçon pour convaincre son père de ne pas blâmer sa mère et sa sœur pour la violence et de les ramener dans la famille. L’enfant cherche à comprendre pourquoi les femmes de la famille sont rejetées comme si la violence était leur faute.

“Pourquoi, Papa ?” … est un effort désespéré pour résoudre sa confusion.

La vidéo a été officiellement lancée le 18 juillet et est diffusée trois fois par jour sur la télévision nationale congolaise – RTNC. Les diffusions se font en quatre langues altérnantes locales, soit le Français, le Lingala, le Tshiluba et le Swahili congolais. La vidéo et ses différentes versions linguistiques sont également disponibles en ligne, avec en plus une versions en Anglais et en Otetela. Des versions dans quatre autres langues orientales du Congo seront bientôt disponibles.

La bande sonore est diffusée à la radio nationale, mais le plus grand diffuseur du contenu de la vidéo se trouve à travers les smartphones (pénétration de 60 pour cent dans l’ensemble du pays), principalement par WhatsApp, une application de messagerie instantanée.

“En (utilisant) la question “pourquoi “, l’animation sert de catalyseur pour discuter des conséquences sur la famille et la société provenant de la stigmatisation. Cela aide Congo Women Arise à accomplir bien plus qu’avant “, déclare Hicks, avant d’ajouter doucement que de véritables progrès devront survenir pour changer les attitudes des hommes Congolais.

“Ici, il existe une voie spirituelle. Si nous pouvons réussir à les faire parler à ce sujet, ils pourront ainsi le posséder, et le changement sera envisageable (parlant des hommes congolais). ”

Lloyd-Davies’ Seeds of Hope a abordé cela. Dans son documentaire, elle filme les agents militaires en déclarant qu’ils ont reçu l’ordre de violer par leurs commandants, que «le viol sert à procurer un sentiment de liberté». Cela pose la question urgente à savoir quelles sont les autres mesures possibles qui pourront fournir aux hommes congolais le sentiment de liberté, des mesures non-violentes, quelque chose qui ne souille et ne détruit pas les femmes». Hicks considère que la clé reside dans de fortes affiliations religieuses avec le clergé local comme appoint décisif.

Gabriel Unda et les anciens de Kindu. Courtesy of Neelley Hicks.

“L’est du Congo est le berceau de toutes les guerres dans (le pays). Les premières victimes de viol sont des femmes et des enfants, et ces personnes sont stigmatisées dans leur environnement. L’animation nous aide à prendre conscience de la lutte contre la stigmatisation et j’invite tous les pasteurs à en parler dans leurs églises”, déclare l’évêque Gabriel Unda Yemba de l’Église méthodiste unie du Congo et, selon Hicks, le cœur et l’âme du projet CWA.

Des initiatives locales comme celle-ci peuvent aider à contrer les revendications du néo-colonialisme occidental qui nuisent aux nombreuses tentatives des humanitaires occidentaux pour aider à résoudre les problèmes au sein du pays.

Kharas et Hicks se connaissent bien. En 2015, ils se sont associés pour deux vidéos animées primées traitant de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Kharas s’est tourné, comme il le fait habituellement, vers Brent Quinn de l’Afrique du Sud pour travailler le script et vers le Canadien Andrew Huggett pour la composition de la musique originale.

Dans Le Plaidoyer à mon père, Kharas a également mis l’accent sur la discussion, mais d’une manière plus laïque que celle véhiculée par Hicks. Il a maîtrisé l’utilisation de l’humour dans son animation, plus particulièrement pour éviter les confrontations lorsqu’il s’agit de problèmes très sensibles, bien qu’il soit persuadé qu’il existe des lignes que nous ne pouvons franchir, peu importe les normes culturelles. “Vous ne modifiez pas vos valeurs pour qu’elles correspondent à celles des autres. L’essentiel est d’exprimer les valeurs universelles d’une manière non-conflictuelle et d’espérer que les gens comprennent le bien plutôt que de se fâcher et de devenir violents “, dit-il.

“Avec cette nouvelle vidéo, nous essayons de réaliser ce qui est pratiquement impossible, de changer les attitudes profondément ancrées des hommes envers les victimes de viol. Cette vidéo a pour but de permettre aux femmes de soulever des sujets très difficiles et de servir de catalyseur de discussion. Je désire désespérément que cela réussisse “, dit-il.

Le Plaidoyer à mon père est doux, c’est le cri sincère d’un jeune garçon pour la défense de sa mère et de sa soeur. Il n’accuse ni ne réprimande. Le dialogue est lyrique, à même titre que les mots du prince Nico Mbarga: “Vous voulez obtenir une autre femme, vous voulez obtenir un autre mari. Mais voulez-vous aussi obtenir une autre mère ? Pas du tout.”

Même avant la première diffusion de la vidéo à la télévision, elle fut partagée autour du Congo à l’aide de WhatsApp. Sur le chemin de Kindu, Hicks a été relogée vers Goma, une autre ville de l’Est, où elle a rencontré un groupe de femmes de la CWA. Elles connaissaient déja la vidéo et ont demandé à Hicks de la traduire en plus de dialectes locaux, y compris Nande.
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Dès qu’elle est sortie de l’avion, on lui a demandé “quelle réponse le garçon recevra-t-il ? Que dira son père ? Cela donnait l’impression qu’ils pensaient que le père représente la société. Donc, cette animation les laisse avec un dilemne … que faire … comment gérer. C’est bon, car il n’y a pas de réponses faciles, et ils devront travailler ensemble pour rendre la vie différente,” dit-elle.

Bien que la langue officielle du Congo soit le Français, la version la plus populaire de la vidéo est en Otetela, connue pour sa franchise, alors que Lingala est le dialecte de la culture locale la plus populaire, comme la musique. Hicks et Kharas estiment que plus il y aura de versions linguistiques disponibles, plus il sera facile pour les discussions d’atteindre tous les recoins de la riche culture Congolaise.

 

Why Has The D.R. Congo Forgotten Sweet Mother?

Prince Nico Mbarga is crying.

Even though the Nigerian-born musician died in a motorcycle accident in 1997 his spirit remains embedded across Africa because of Sweet Mother, the 1976 song that is as much a pan-African anthem as any other. It relies heavily on the Congolese rumba guitar-picking style that Mbarga learned by watching Franco and Simaro while working in the Congo as a teenager.

The lyrics speak directly to the love sons have for their mothers. Music company EMI reports that 13 million legitimate copies of the song were sold. Pirated copies are in the tens of millions.

In Sweet Mother, Mbarga doesn’t hold back his emotions: “I no go forget this suffer wey you suffer for me. And if I fi forget you, therefore I forget my life. If you forget your mother, you’ve lost your life.”

But those positive reflections have changed to tears in the Congo because decades of sexual violence are threatening to tear apart the very institution of motherhood. The victims are mothers and daughters, millions of them, and they’ve become not just the victims of rape but also of a cultural bias.

Imagine being raped and finding yourself expelled from your home or shunned by your village for actions you could not control?

International media have made sure everyone knows that at the height of the Congo’s civil war, 48 women were raped every hour. Even today there are an estimated 40-60 rapes a day, and locals say almost all of them are done by militia members. These acts of violence are used to terrorize the population, like torture, and they mock the popularity of Mbarga’s anthem. Documentaries by Fiona Lloyd-Davies and Dearbhla Glynn tell the reality of the issues.

Half a world away in Nashville, Tennessee, the situation hit Neelley Hicks hard. She knew she couldn’t stop the violence, but she could do something for its victims.

In 2016, after leaving United Methodist Communications and starting her own humanitarian foundation Harper Hill Global, the Southern Belle with laser-like determination founded Congo Women Arise (CWA) in the country’s eastern city of Kindu. The organization supports rape casualties by trying to remove the social stigma that Congolese culture casts on victims.

CWA immediately evolved into a bricks and mortar sanctuary called the Mama Lynn Center. Construction is underway.

In February 2017 Hicks and her in-country manager Judith Yanga spoke on Skype with Firdaus Kharas about an addition to the project. With funding from the WiseHeart Foundation the result was a hand-drawn, animated video hoping to spread acceptance and re-integration of women and girls who had been raped.

At 121 seconds, A Plea To My Father choreographs a young boy’s efforts to convince his father not to blame his mother and sister for the violence and to bring them back into the family. The child seeks to understand why the women in the family are shunned as if the violence was their fault.

“Why, Papa?”… is a desperate effort to solve his confusion.

The video was officially launched July 18 and is being broadcast three times daily on Congolese national television – RTNC. The spots are rotating in four local languages, French, Lingala, Tshiluba and Congolese Swahili. They are also available online in English and Otetela. Versions in four other eastern Congo languages are in the works.

The soundtrack is on national radio but the biggest disseminator of the video’s content is through smart-phones (60 percent penetration throughout the country), primarily through WhatsApp, a peer-to-peer instant-messaging application.

“By (using) the question ‘why’ the animation serves as a catalyst to discuss consequences on family and society which arise from stigma. It helps Congo Women Arise do more than we ever could within our own walls,” Hicks says before gently adding that real progress will have to come through changing the attitudes of Congolese men.

“There is a spiritual path here. If we can get (Congolese men) to talk about it, then they can own it, and change is possible.”

Lloyd-Davies’ Seeds of Hope touched on this. In her documentary she films militia members saying they were ordered to rape by their commanders, that “to rape is to feel free.” This begs the question about what other things Congolese men need to feel free, something non-violent, something that doesn’t defile and destroy women. Hicks sees strong religious affiliations as a key and the local clergy as a turning point.

“Eastern Congo is the cradle of all the wars in (the country). The first victims of rape are women and children, and these people are stigmatized in their environment. The animation helps us enter into awareness of the fight against stigmatization, and I call upon all pastors to speak about it in their churches,” says Bishop Gabriel Unda Yemba of Congo’s United Methodist Church and, according to Hicks, the heart and soul of the CWA project.

Local initiatives like this can help counter claims of western neo-colonialism that plague many attempts by western humanitarians to help solve in-country problems.

Kharas and Hicks know each other well. In 2015 they teamed up for two award-winning animated videos dealing with the Ebola epidemic in West Africa. Kharas turned, as he usually does, to South Africa’s Brent Quinn to collaborate on the script and to Canada’s Andrew Huggett to write original music.
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In A Plea to My Father, Kharas is also focussed on prompting discussion but is more secular than Hicks. He has mastered the use of humour in his animation specifically to avoid confrontation when dealing with highly sensitive issues, although he believes there are lines you can’t cross no matter what the cultural norms. “You don’t change your values to suit others. The vital thing is to express universal values in a non-confrontational way and hope people understand the good rather than getting angry and violent,” he says.

“With this new video we’re trying to achieve the near-impossible, to change the entrenched attitudes of men towards victims of rape. It’s meant to empower women to bring up very difficult subjects and serve as a catalyst for discussion. I desperately want it to succeed,” he adds.

A Plea To My Father is gentle, the heartfelt cry of a young boy for the defence of his mother and sister. It doesn’t accuse or berate. The dialogue is lyrical in much the same way as Prince Nico Mbarga’s lyrics: “You fit get another wife, you fit get another husband. But you fit get another mother? No, at all.”

Even before the video was first broadcast, its content was passed around the Congo using WhatsApp. On her way to Kindu, Hicks was rerouted through Goma, another eastern city, where she met with a CWA-related group of women. They knew about the video and asked Hicks to have it translated into more local dialects, including Nande.

Right off the plane she was asked “‘what is the answer that awaits the boy? What will his father say?’ It almost seemed as if they were thinking that the father represents society. So this animation leaves them with a dilemma…what to do…how to handle? This is good, because there are no easy answers, and they will have to work together to make life different,” she says.

Although the official language of the Congo is French, the most popular version of the video is in Otetela, known for its frankness, whereas Lingala is the dialect of most home-grown popular culture, like music. Both Hicks and Kharas feel that the more language versions are available, the easier it will be to create discussions that reach into all parts of Congolese culture.

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